Guide7 min de lecture

IA et experts-comptables : le secret professionnel en danger ?

Coller des données clients dans une IA grand public menace le secret professionnel de l'expert-comptable. La parade : anonymiser avant le prompt.

Par Pierre de ONYRI

Vous utilisez ChatGPT ou Copilot pour aller plus vite. Vous collez un extrait de bilan, une fiche de paie, une liasse fiscale. Le gain de temps est réel. Mais ces données appartiennent à vos clients. Les transmettre à une IA grand public, c'est les confier à un tiers non autorisé. Or l'expert-comptable est tenu au secret professionnel. Faut-il pour autant renoncer à l'IA ? Non. Il suffit d'anonymiser les données avant de les envoyer. On vous explique comment.

Le problème : le cabinet colle des données clients dans l'IA

Le réflexe est compréhensible. Une IA générative rédige vite. Elle résume un grand livre, explique une écriture, reformule une note. Alors le cabinet lui donne de la matière réelle. Le problème, c'est cette matière. Un dossier client concentre des données très sensibles.

  • Les comptes annuels, le bilan et les soldes intermédiaires de gestion.
  • La paie : salaires, primes, numéros de sécurité sociale des salariés.
  • Les déclarations de TVA et les liasses fiscales de l'entreprise.
  • Les coordonnées du dirigeant et les données personnelles des tiers.

Collées dans une IA grand public, ces informations quittent le poste de travail. Elles peuvent être conservées, relues ou réutilisées. Le cabinet perd la maîtrise de ce qu'il a transmis. C'est là que le risque commence.

L'enjeu : le secret professionnel et le RGPD

L'expert-comptable n'est pas un professionnel comme un autre. Il est tenu au secret professionnel. L'article 21 de l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945 le soumet à ce secret « dans les conditions et sous les peines fixées par l'article 226-13 du code pénal ». Ce secret ne couvre pas que les confidences. Il couvre l'ensemble des informations recueillies pendant la mission : comptes, données financières, éléments fiscaux et sociaux.

L'article 226-13 du code pénal réprime la révélation d'une information à caractère secret. Elle vise la personne qui en est dépositaire par sa profession. La peine encourue est d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Le texte suppose en principe une révélation consciente. Coller un dossier dans une IA n'est donc pas une condamnation automatique. Mais c'est un risque réel de violation, car un fournisseur d'IA grand public est un tiers non autorisé.

Le RGPD s'ajoute au secret. Pour les données de ses clients, le cabinet décide des finalités et des moyens du traitement. Il en est le responsable de traitement. Cela lui impose la sécurité des données et leur minimisation. La CNIL, l'autorité française de protection des données, est claire. Un système d'IA fondé sur des données personnelles ne s'affranchit pas du RGPD. Les principes de l'article 5 s'appliquent pleinement, y compris la minimisation.

Sur la minimisation, la position de la CNIL est utile. Le traitement doit être strictement nécessaire à sa finalité. Et si des données anonymisées permettent un résultat comparable, elles doivent être préférées. C'est exactement ce que permet l'anonymisation avant le prompt.

Idée reçueLa réalité
« Ce que je colle dans l'IA reste entre nous »C'est une transmission à un tiers non autorisé, un risque de violation du secret
« L'IA échappe au RGPD »La CNIL rappelle qu'un système d'IA sur données personnelles reste soumis au RGPD
« Anonymiser me met en conformité »L'anonymisation réduit le risque et sert la minimisation, mais ne lève pas seule le secret ni le RGPD
« Renoncer à l'IA est la seule option prudente »L'anonymisation garde le bénéfice de l'IA sans exposer les données couvertes par le secret
Le risque ne vient pas de l'IA elle-même, mais des données clients laissées en clair dans le prompt.

La solution : anonymiser avant le prompt

Le principe est simple. Une donnée qui n'atteint jamais le modèle ne peut ni fuiter ni être transmise au fournisseur. Anonymiser en amont permet donc de garder le bénéfice de l'IA. Vous travaillez sur un dossier dé-identifié. L'IA raisonne sur la structure, pas sur l'identité de vos clients.

Schéma en deux temps : en haut, un registre comptable dont une ligne de chiffres est en ambre (exposée) file vers une carte IA en passant devant une petite balance de la justice ; en bas, la même ligne réduite à des jetons cobalt et une coche atteint l'IA sans donnée en clair.
D'après les recommandations IA et RGPD de la CNIL, l'article 226-13 du code pénal (SECRETPRO) et le texte du RGPD (EUR-Lex).

Concrètement, chaque élément identifiant est remplacé par un jeton. Le nom du client devient un jeton. Le montant sensible devient un jeton. L'IA ne voit que des jetons, jamais les vraies valeurs. Voici la méthode, étape par étape.

  1. 1Repérez les données couvertes par le secret : noms, montants, numéros, coordonnées.
  2. 2Remplacez-les par des jetons réversibles, côté navigateur.
  3. 3Envoyez seulement le texte anonymisé à l'IA.
  4. 4Restaurez les vraies valeurs dans la réponse, en local, sur votre poste.

Soyons honnêtes sur ce que fait cette méthode. Anonymiser avant le prompt réduit le risque. Cela sert la minimisation voulue par le RGPD. Mais cela ne rend pas le cabinet « conforme » à lui seul. Et cela ne lève pas votre obligation de secret. C'est un contrôle utile, pas un blanc-seing. La conformité reste un ensemble plus large, que ce geste renforce sans le remplacer.

C'est le rôle d'ONYRI Sanitize. Le moteur détecte les données sensibles — noms, coordonnées, montants, numéros — et les remplace par des jetons réversibles avant l'envoi. La détection et le mapping restent dans votre navigateur. Les vraies valeurs ne quittent jamais votre poste. Seul un texte anonymisé atteint le modèle. Vous gardez l'aide de l'IA, tout en réduisant l'exposition des données que le secret professionnel vous demande de préserver.

Questions fréquentes

IA et experts-comptables : le secret professionnel est-il en danger ?
Il l'est si vous collez des données clients dans une IA grand public. Ce fournisseur est un tiers non autorisé, et l'expert-comptable est tenu au secret professionnel. L'article 21 de l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945 renvoie aux peines de l'article 226-13 du code pénal : un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. La parade est simple : anonymisez les données avant tout prompt.
Puis-je coller un bilan ou une fiche de paie dans ChatGPT ?
Mieux vaut l'éviter en l'état. Ces données sont couvertes par le secret professionnel et relèvent du RGPD. La CNIL rappelle qu'un système d'IA sur données personnelles reste soumis au RGPD, minimisation comprise. Si vous devez décrire un cas, remplacez d'abord chaque donnée sensible par un jeton, puis restaurez les vraies valeurs en local.
Faut-il renoncer à l'IA au cabinet ?
Non. La CNIL n'interdit pas l'IA ; elle recommande de préférer des données anonymisées quand elles donnent un résultat comparable. Anonymiser avant le prompt garde le bénéfice de l'IA sans exposer vos clients. Attention toutefois : ce geste réduit le risque et sert la minimisation, mais ne vous met pas seul en conformité et ne lève pas votre secret professionnel.

Sources et références

Gardez vos données sensibles dans votre navigateur

ONYRI Sanitize détecte et masque vos données sensibles avant l'envoi à l'IA, puis restaure la réponse — du nom à la clé API.

Anonymiser mon prompt

À lire aussi